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Flûte alors ! (histoire d’amour entre une musicienne et son instrument)  2

Aurélie Bonetti aime la flûte traversière !

Chaque musicien vit une histoire d’amour avec son instrument. Voici la mienne.

Ce matin, un internaute me faisait la remarque que j’étais la première flûtiste assumée qu’il croisait sur [un réseau social] et que ça lui donnait envie de ressortir sa flûte.
Alleluia ! (C’est mon cri de joie préféré ;-)).
L’expression « flûtiste assumée » m’a fait réagir, parce que cela ne fait pas longtemps, effectivement, que j’assume le fait de jouer de la flûte traversière.

Du coup, j’ai eu envie de vous parler de mon histoire avec mon instrument.

Nous, les musiciens, vivons tous une histoire intime avec notre instrument, faite de périodes d’attirance et de rejet, successives ou simultanées. J’inclue bien sûr les chanteurs, avec toute ma bienveillance car leur instrument fait partie intégrante d’eux-mêmes, ce qui ne leur facilite sûrement pas la tâche.

 

Comment elle m’est tombée dessus (sans me faire mal !)

J’ai commencé la flûte à l’âge de 9 ans. Il était prévu que je fasse du piano, parce que c’était plus pratique (mes cousins venaient d’arrêter). Et puis, pendant l’été, j’ai rencontré une fille qui jouait de la flûte traversière et j’ai dit à mes parents que je voulais faire de la flûte, pas du piano. Ils ont dit oui.

Des années plus tard, quand j’ai revu cette fille et que je lui ai dit que je faisais de la flûte grâce à elle, elle a bien rigolé parce qu’elle n’en avait fait qu’un an et que ça ne lui plaisait pas du tout.
Elle ne se souvenait pas d’avoir joué devant moi. Ce moment a changé ma vie. C’est drôle comme tout est relatif !

 

Je t’aime, moi non plus

Pour ma part, je pense qu’au début, j’ai dû aimer jouer de la flûte, parce que ça marchait plutôt bien. Puis, à un moment (quand il a fallu se mettre au travail), j’avais mal au ventre au moment d’aller au cours, j’étais comme un cheval qui refuse l’obstacle ; bloquée, butée, bornée.
Je me revois, les bras croisés, assise sur la table (moi qui étais habituellement une petite fille bien sage !).
« Bouder, c’est pousser un mur qui ne bougera jamais. »
Heureusement, ma mère était là pour tenir le mur. Alors, petit à petit, je me suis mise au travail et j’ai recommencé à avancer.

Je pense avoir fait un cursus d’élève flûtiste honorable.
En fait, je ne me pensais pas douée. Pas capable d’assumer une carrière d’interprète. Parce que je me connaissais tel et tel défaut technique, et que je focalisais dessus. Le détaché double, la justesse, les doigts… Bref, des défauts de flûtiste, quoi !

Donc, je me suis dirigée vers l’enseignement, preuve que j’avais quand même le niveau pour être musicienne professionnelle !
J’aimais mon métier.
Toutefois (j’adore ce mot !), je sentais un hiatus : je me demandais souvent si mes élèves n’aimaient pas davantage leur instrument que moi. Il faut dire que la flûte, je n’aimais pas trop ça. Le répertoire, on en a vite fait le tour et, comme disait ma prof, il y a des « saucissons » (entendez par là des morceaux du 19e virtuoses et creux). L’herbe paraissait bien plus verte dans le pré d’à côté.
Et puis ce son ! Il y a de l’air, non ?!
Et cette posture ! Au moins les violoncellistes, eux, ils sont assis.
Et je prenais pour argent comptant toutes les blagues (maintenant, je les trouve drôles !) que j’entendais sur mon instrument.

Bref, quand l’occasion m’a été donnée de changer de métier, j’étais prête à fermer définitivement ma boîte de flûte. Ciao la flûte ! C’était sympa, merci, bonne route !

Aurélie Bonetti aime la flûte traversière !
Ouais, je sais, elle est floue, cette photo, mais je l’aime bien !
Comment elle m’a rattrapée au vol

Et là, coup de théâtre ! Elle est revenue me chercher. Sous la forme d’une série de concerts, puis deux, puis trois. La vie m’a remis le pied à l’étrier.
Et pour voir si mon assise était bonne, d’un seul coup, plouf, finies les séries de concert !
Il y a eu un petit flottement… je me suis passionnée pour autre chose : la spiritualité est entrée dans ma vie.
Et avec elle, je vous le donne en mille : ma flûte ! (Oui, elle en veut, hein ?! On dirait moi 🙂 !)

Aujourd’hui, je prépare avec enthousiasme un concert solo, je trouve son programme riche et intéressant et je reçois des encouragements de toutes parts.
J’ai réglé mes problèmes techniques et physiques ; le trac, je ne connais plus, et je n’ai jamais été aussi à l’aise sur scène.
Et surtout, j’aime ma flûte !
C’est tout le bonheur que je vous souhaite avec votre instrument.

Découvrez ce que je fais aujourd’hui dans ce merveilleux partenariat.

La gestion de la pensée, une solution « intelligente » contre le trac  0

préparation mentale contre le trac

préparation mentale contre le trac

Bon, comme nous l’avons vu dans l’article précédent, si vous avez le trac, c’est que vous avez un cerveau !
C’est une bonne chose, non ?!
Et maintenant, si vous appreniez à vous en servir ? 🙂
Oh non, restez, je ne voulais pas vous vexer. Je sais que vous êtes intelligent. Très intelligent.
Comment je le sais ?
C’est que, tout comme moi, vous êtes un Homo Sapiens Sapiens, donc un être doté des équipements dernier cri en matière d’intelligence.

Hé hé !
Vous avez vu, ça fait deux bonnes nouvelles en moins d’une minute !

 

Soyez plus intelligent(e) que votre cerveau
En ce qui concerne votre cerveau archaïque, celui qui voit des tigres à dent de sabre partout, je suis désolée, il n’y a rien à faire. Il fonctionnera toujours comme ça face au stress. Et c’est tant mieux !
En revanche, vous pouvez modifier les infos que lui envoie votre mental supérieur.

Être plus intelligent que son cerveau, c’est possible, ça ? Ouiiiiiiiii !
Votre cerveau archaïque réagit au stress. Baissez votre niveau de stress et vous baisserez les réactions de votre corps au trac. Il suffisait d’y penser 😉

En fait, notre cerveau a un fonctionnement symbolique. Il ne fait pas la différence entre ce qui arrive vraiment et ce qu’il imagine qui arrive.
Vous voulez une preuve ? Attention, là, une araignée !

 

araignée

Oh, c’était pour l’exemple, vous pouvez respirer, ce n’est qu’une photo.
OK, j’aurais pu être sympa et vous demander de penser à une religieuse au chocolat…
Hep ! trop tard, vous avez bavé !

 

La gestion de la pensée pour faire baisser son stress
Donc, le but de la préparation mentale est de faire croire à votre cerveau que tout va bien.
J’en vois déjà qui ricanent.
Mais vous lui faites bien croire le contraire, d’habitude !!!

 

Je vous propose un petit exercice de gestion de la pensée, à répéter quand vous préparez une représentation scénique :
« Mon concert se passe merveilleusement bien. Je suis au meilleur de ma technique. Je suis très à l’aise dans tous les morceaux et je prends mon pied sur scène. »
Bien sûr, ce n’est pas une formule magique 😉
Pour que cela fonctionne, il sera nécessaire de répéter cette phrase régulièrement, à chaque fois que vous prenez votre instrument, et pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Il ne faudrait pas non plus prendre votre cerveau pour un imbécile 🙂

 

Le but est de le faire entrer dans un cercle vertueux et, pour cela, il faut un peu d’entraînement. Parce que, la route du cercle vicieux, il sait la prendre, elle est toute tracée. Celle du cercle vertueux, en revanche, n’est qu’un petit chemin ; mais il sent la noisette et, croyez-moi, il vaut le détour !
Donc, patience, régularité et persévérance !
En même temps, vous n’avez pas appris vos gammes en une fois, hein ?! Rappelez-vous !

 

Associer la prise en main de l’instrument (de la partition ou du rôle si vous êtes chanteur) avec ce genre de pensées affirmatives est une bonne chose pour les ancrer. Donc élargir le chemin. Et de la même façon rendre l’autre chemin (celui du stress) aux mauvaises herbes et aux cailloux.

 

Si vous avez besoin d’aide, c’est par ici.

Le trac, votre meilleur ennemi  0

le trac notre meilleur ennemi

le trac notre meilleur ennemi

 

Le trac, vous le vivez, vous le subissez, mais le connaissez-vous vraiment ?
A mon avis, rien de mieux à faire avec son pire ennemi que d’apprendre à le connaître !

 

 

 

  • Les manifestations du trac

Les mains qui tremblent, les doigts qui tremblent, les lèvres qui tremblent… plus de salive, la bouche sèche et la langue râpeuse…. de la salive en abondance, à ne plus savoir qu’en faire, envie de vomir… les jambes qui flageolent, le sol qui se dérobe sous nos pieds, le trou noir…
Chaque personne qui monte sur scène connaît ces manifestations de ce qu’on appelle communément le trac. Chacun a les siennes, et heureusement, elles ne sont pas toujours aussi handicapantes que celles décrites ci-dessus. Mais elles sont réelles et personne n’y échappe.
Et c’est tant mieux !

 

 

  • Pourquoi on a le trac

Je m’explique :
Les manifestations du trac sont les solutions commandées par notre cerveau archaïque pour nous sauver la vie.

Oui, oui, vous avez bien lu : nous sauver la vie !
D’abord, un petit point de sciences nat’ : notre cerveau est le magnifique résultat de l’évolution de l’hominidé depuis environ 200.000 ans. Évolution, oui, mais on n’a pas tout changé. On a gardé le cerveau du début, appelons-le cerveau archaïque, et au fil du temps on y a ajouté des « programmes » supplémentaires.
Et qui c’est qui commande, là-dedans ?

Le cerveau archaïque bien sûr !
Et pourquoi donc ?

Parce que c’est grâce à lui que l’espèce a survécu, alors, vous pensez bien, on ne va pas le changer maintenant. Il nous a sauvés des griffes du tigre à dents de sabre, des périodes glaciaires et de je ne sais quoi encore (regardez La Guerre du feu si vous voulez vous remémorer des détails).
Notre cerveau archaïque, donc, n’a qu’une idée : nous maintenir en vie. C’est un peu comme si vous aviez toujours votre maman avec vous, ou votre ange gardien, ou votre GPS… Elle est pas belle, la vie ?!

 

 

le trac vu par notre cerveau archaïque

  • Un train de retard…

Le seul hic, c’est que, pour notre cerveau archaïque, nous vivons toujours au milieu des tigres à dents de sabre… (En fait, sur l’image, c’est une araignée, mais elle fait peur, non ?!).

Relativiser, c’est un truc qu’il ne sait pas faire. Ça, c’est un programme plutôt récemment installé, le cortex préfrontal, qui nous l’a appris.
Donc, le cerveau archaïque, lui, nous croit en danger de mort dès que le stress monte. Et il fait aussitôt son job : nous sauver la vie.

Donc, quand nous montons sur scène, nous nous retrouvons face à un tigre à dents de sabre affamé et feulant, aux griffes acérées et dans les yeux duquel on lit la ferme intention de faire de nous son déjeuner.
Que fait notre cerveau archaïque alors ?

Il nous protège ! Il fait son job !! Et il le fait super bien !!!

 

Soit il pense que la meilleure solution est la fuite et alors il informe le cœur de battre plus vite et d’envoyer du sang en masse vers les muscles pour qu’on coure plus vite que le tigre. Pour être plus léger, parce que c’est la priorité vitale, on se débarrasse vite fait de ce qui nous encombre et on lâche les sphincters. Viiiiiiiiiiiiiiiiiiiite !
Soit il pense qu’on a une chance de le combattre et alors là, décharge d’adrénaline et attention à celui qui se mettra en travers de notre chemin !
Soit il pense qu’il vaut mieux faire le mort, parce que, décidément, ce tigre n’a pas une tête de charognard, et qu’il dédaignera sûrement notre cadavre au profit d’une proie plus juteuse (si je peux me permettre l’expression !). Donc, plus de jus, les muscles lâchent, il n’y a plus personne. J’ai récemment vu une vidéo d’une gazelle échappant aux griffes d’un prédateur de cette façon. Très efficace !

 

  • Merci le trac !

Donc, la prochaine fois que vous aurez le trac, remerciez ! Célébrez ! Chantez un Alleluia !
Eh oui, parce que si vous avez le trac, cela signifie que vous avez un cerveau !!
Et ça, c’est quand même vachement rassurant, non ?!
Surtout si vous êtes soprane ou flûtiste à bec* !


 

* Dans sa chanson Le congrès des chérubins, Juliette nous informe en effet que la flûte « détruit l’oreille et l’occiput » (Mutatis mutandis, 2005).
Euh… pour les sopranes, il faut vraiment que j’explique ? 🙂